La Cantine des dents blanches

Johan et Myriam Marolla

Route de Barme 36

1874 Champery

024 479 12 12

079 309 41 87

contact@cantine-dentsblanches.com

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La vie du temps de la famille d'Adrien Gonnet

May 2, 2015

Hommage à Adrien et Clémence Gonnet

 

Si ce n’était pas là figure de rhétorique un brin audacieuse, s’agissant d’une demeure dans laquelle n’entra pas une parcelle de ce corps, je serais tenté d’écrire que ma femme et moi avons eu le privilège d’ « essuyer les plâtres » de la Cantine des Dents Blanches.

Car, lorsqu’en été 1927, nous sommes allés y séjourner pour la première fois, les tenanciers de cet accueillant et rustique chalet venaient de l’aménager sommairement, et nous fûmes leurs premiers pensionnaires.

De cette qualité, nous passâmes bien vite à celle plus enviable encore d’amis.

Le séjour de 1927 fut suivi de quantité d’autres au cours desquels se confortèrent les liens affectueux qui n’avaient pas tardé de se nouer entre nos hôtes et nous.

C’est que nous avions eu la chance de tomber sur un couple exceptionnel dont, aujourd’hui encore, nous ne pouvons évoquer le souvenir sans un grand serrement de cœur.

Adrien et Clémence Gonnet étaient, en effet, des êtres d’élite que l’on ne pouvait approcher sans être aussitôt conquis par ce qu’il y avait en eux de droiture, de simple dignité et de gentillesse.

La famille qui comptait déjà quatre enfants très jeunes auxquels deux autres vinrent se joindre par la suite, était, je crois bien, la plus unie qu’il m’ait été donné de rencontrer au cours de mon existence.

Parents affectueux et d’une inaltérable bonté, Adrien et Clémence exerçaient, sur leur petit monde, une autorité qui n’était jamais contestée et qui, pour autant, se manifestait avec une tendresse telle, qu’il ne me souvient pas d’avoir, une fois, entendu Adrien et Clémence élever la voix.

Il régnait, dans ce chalet, une atmosphère patriarcale qui conférait à la vie commune une singulière douceur, un ordre librement consenti.

De même que Clémence, pourtant mère de famille, vousoyait son père, lorsque ce robuste vieillard passait devant la Cantine, pour regagner son chalet, de l’autre côté du torrent, de même Rose, Marius, Lucie et Arthur – dit Tutur – employait cette forme respectueuse pour s’adresser à leur parents.

Et un ordre de ceux-ci, toujours donné d’une voix affectueuse, n’avait jamais besoin d’être réitéré.

Bien vite gagnés par la gentillesse de ces gosses, nous aimions, ma femme et moi, de nous mêler à leur jeux quand, les travaux quotidiens terminés, ils s’amusaient un instant devant le chalet, avant d’aller au lit.

Tandis que la lumière baissait lentement sur le pâturage où les troupeaux broutaient encore, dans une harmonieuse symphonie de sonnailles, nous jouions à la balle – la « boule » comme disaient nos petits amis.

Et c’était de grands cris de joie, quand un joueur réussissant à s’emparer de la balle, et des rires homériques, lorsque l’un deux, glissant sur une « beuse », s’étalait de tout son long dans l’herbe…

Peu à peu la nuit tombait.

Soudain, se levant du banc d’où il regardait la partie, Adrien s’approchait :

  • Marius, disait-il calmement, c’est le moment de rentrer les bêtes.

  • Oui, papa, j’y vais ! répliquait l’enfant sans un instant d’hésitation, abandonnant le jeu, pour aller rassembler le bétail et le conduire à l’étable.

Le sens inné du devoir qu’il tenait visiblement de ses parents Marius – il avait à peine douze ans ! – en donna, un jour, un exemple émouvant.

Comme à l’ordinaire, il était parti, de très bonne heure, avec les vaches qu’il avait conduites derrière la Tête de Barmaz, sur les contreforts abrupts et fort accidentés des Dents Blanches.

Vers 8 heures, nous étions en train de déjeuner devant le chalet sous un soleil accablant, quand, soudain un coup de vent d’une violence incroyable fit trembler le chalet, l’espace de 3 – 4 secondes. A peine le calme revenu, une rafale plus brutale encore nous enveloppa.

Instantanément débouchèrent, au-dessus de la Tête de Barmaz, d’énormes nuages noirs qui filaient à grande vitesse et qui, en un clin d’œil eurent envahi tout le ciel.

Et, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, la tempête se déchaîna : pluie torrentielle, grêle, éclairs et coups de tonnerre se succédèrent sans un instant de répit.

Réfugiés dans le chalet nous nous félicitions d’être à l’abri, quand s’éleva la voix angoissée de Clémence :

  • Et Marius ! Il est là-haut ! Mon Dieu, pourvu qu’il ne lui arrive rien, à ce petit !

De temps à autre, entrouvrant la porte, elle passait la tête pour écouter. Mais le cyclone continuait dans un fracas effrayant.

Une heure se passa ainsi.

Tout à coup, Clémence qui, une fois de plus, avait tendu l’oreille s’exclama :

  • Mais les voilà ! On les entend !

Par l’entrebâillement de la porte, on entendait en effet, le bourdonnement assourdissant des cloches. Et bientôt, l’on vit arriver l’avant-garde, puis le gros du troupeau précédent Marius qui, comme d’habitude, fermait la marche.

Mais un Marius semblable à un noyé retiré de l’eau, ruisselant, trempé jusqu’aux os, et visiblement satisfait d’arriver enfin à bon port.

Sous les rafales de pluie qui lui cinglait le visage, sous les coups de vent furieux, sous les éclairs qui se succédaient sans arrêt, son premier soin avait été de rassembler ses bêtes pour les empêcher de s’affoler, et de les ramener sans les presser, pour éviter qu’elles ne chutent dans les setniers caillouteux et ravines.

On imagine comment fut reçu et réconforté le bon petit berger qui, là où un autre enfant – et peut-être même un adulte – aurait pris peur avait su conserver son sang-froid, et accomplir sans faiblir la tâche dont il était chargé.

Tandis que, chaque matin, Marius gagnait avec son troupeau, une pente où l’herbe était abondante, et qu’au chalet Clémence s’affairait à préparer le dîner, tout en surveillant ses cadets, Adrien toujours levé à l’aube était descendu avec le cheval à Champéry, pour y faire des commissions et assurer le ravitaillement.

Par n’importe quel temps, sous une pluie diluvienne, aussi bien que sous le soleil brûlant, il remontait peu avant midi. Et c’était la joie des enfants d’aller à sa rencontre jusqu’au Mauvais-Pas d’où ils l’apercevaient débouchant de la forêt au Champ de Barmaz, quelques 200 mètres plus bas.

Mais une fois arrivé,  à peine prenait-il le temps de manger entouré de tous les siens. Car quantité de besogne attendait, qui allaient l’occuper jusqu’au soir. Si bien que les quelques minutes pendant lesquelles, il nous regardait jouer à la balle, étaient les seules où il prit un peu de repos. Car, avec tant d’enfants à vêtir et à nourrir, il fallait peiner dur, pour verser régulièrement les acomptes dû sur le prix du chalet.

Aussi avec quel soupir de satisfaction, Clémence, le visage rayonnant, nous annonça-t-elle, un jour :

« Le chalet est fini de payer ! Adrien a versé, ce matin, le reste de l’argent » !

Du coup, on y alla d’une petite bombe ! Clémence offrit à tout le monde deux ou trois tournées de la délectable crème fouettée saupoudrée de chocolat, qui constituait le dessert des grands jours. Et je demandai à Adrien une bouteille de fendant que l’on but à la santé et à la prospérité de cette famille qui nous était devenue si chère.

Les lapins auxquels nous faisions toujours honneur étaient le produit de l’élevage entrepris, à frais communs, par Marius et Tutur.

Avec les « petits sous » qu’ils gagnaient de ci de là, et qu’ils mettaient soigneusement dans une boîte, ils avaient réussi à acquérir, à eux deux, un lapin sur lequel ils veillaient comme sur un trésor inestimable, et qui, vendu à Clémence qui, honnêtement, le paya au prix du jour, leur permit de s’assurer la possession de deux lapereaux.

Peu à peu, le cheptel des jeunes éleveurs se multiplia si bien, qu’un beau jour ils se trouvèrent copropriétaires d’un petit mouton qui fut le point de départ du beau troupeau dont Marius s’enorgueillit légitimement aujourd’hui, le « banquier » Tutur est devenu un important amodiateur dont les fromages jouissent d’une réputation flatteuse auprès des grossistes de la vallée.

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Aujourd’hui, unis dans la mort comme ils le furent dans la vie, notre cher Adrien et notre chère Clémence reposent, depuis bien des années, côte à côte dans le cimetière de Champéry

Mais leur souvenir demeure au cœur de ceux qui eurent le privilège de les connaître et de se mêler à leur existence quotidienne.

Une existence toute droite, toute de travail. De scrupuleuse probité, de dévouement et de tendresse

Maya Mooser                                                  M. Aloys Mooser

(1er pensionnaires de la Cantine des Dents Blanches)

 

 

 

 

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